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SPRING CUP 2015 11 & 12 avril… Le CR d’un passionné : Nicolas PAUTET

Catégories : 2015,Archives,Events,résultats pilotes

NicolasPautetLe weekend du 11 et 12 avril ce déroulait la Spring cup, sur le circuit d’Oliver’s Mount à Scarborough en Angleterre.
Ce compte rendu (le mien) est celui d’un passionné, alors ne soyez pas étonné de lire que nous sommes prêt a faire 50h de trajet pour faire une course qui dure 2 jours…
Il y a à peine quelques mois, un ami, (Eric Lenser) me contacte et me dis qu’il va à la Spring cup.
J’ai un vieux tee-shirt avec le nom des principales « real road race » où est inscrit la Spring/gold cup, quand il me demande à moi et à quelques autres français roulant en courses sur routes si un « covoiturage » version road race nous intéresse. « La french armada » était née.
Nous voilà parti jeudi 2 avril au soir pour…. un très long voyage de 24 heures. Scarborough se trouve au milieu de l’Angleterre a l’Est.
Apres 24h de trajet, nous arrivons sur le circuit d’Oliver’s Mount, premières impressions :
Il fait froid ! Nous sommes au bord de la mer, donc du vent et très prochainement de la pluie.
Samedi matin il pleut, nous manquons de temps pour mettre les pneus pluie, impossible de faire les seuls essais  » newcomers » du weekend, pas grave me dis-je…
J’ai appris le tracé par cœur en vidéo, il me manque la vitesse et le dénivelé, je ne me ferais pas trop surprendre.
J’attends donc les qualifications avec impatience.
Ca y est les qualifications commencent, et le vent a quasiment séché tout le tracé, dommage d’avoir des pneus pluie sur la moto.
Sur ce tracé, il est impossible de rentrer en cours de roulage ou de sortir du tracé pour faire des réglages sur la moto, car l’entrée se fait au milieu de la ligne droite par une petite porte.
Il faut bien comprendre que nous sommes en Angleterre, que nous sommes sur une course qui fait partie des « real road races » et que le circuit est une route que monsieur et madame tout le monde peuvent prendre pour aller au travail le matin..
Le paddock est un mélange du continental circus des années 70 où se mélangent les rutilants « motor home » des tops pilotes, des vieux campings cars et barnums ayant vu plus de tempêtes que jack sparow !
Je savais au plus profond de moi que ça allait me plaire, c’est l’ambiance du Championnat de France des rallyes routiers, mais avec l’essence des courses sur routes anglo-saxonnes…
A la fin des deux qualifs Spring cup et junior du samedi matin je suis un peu déçu, car je sais que je peux rouler plus vite et que du coup je vais partir au milieu de la grille. A Oliver’s Mount il vaut mieux être devant pour le premier virage (une épingle a 180° ou arrive 30 furieux).Nicolas pautet
Je suis donc qualifié en juniorB (600 cc) et en SpingCupB (600 1000 bicylindres tout est mélangé)
15H20 départ de la junior, je me place sur la grille, cette fameuse grille de départ si étroite où les couvertures chauffantes et autres umbrela girls n’existent pas, par manque de place…
Tour de chauffe, je m’élance chacun simule un peu sont départ, il est certain que la première épingle va être décisive. J’ai en tête la chute collective qui c’est produite il y une paire d’années.
On ne doit absolument pas être à l’intérieur car on se fait enfermer, il faut être dans le milieu du virage et sortir les coudes (ainsi que le pied façon super motard sous la pluie), je finis le tour de chauffe en me récitant les trajectoires et les endroits où la chute est interdite…
On se place sur la grille, le vieille anglais plein de pin’s sur sa casquette fait signe, tout le monde est là, le drapeau rouge s’abaisse, les trois feux s’allument, puis s’éteignent…
Feuuuuuuuuuuuuu ! Le miaulement assourdissant des 600 nous emmènent tous jusqu’à « Mere Airpin » (la première épingle) je suis au milieu, ça freine, ça accélère nous voila sorti du virage, impossible de garder la roue avant au sol car on attaque la montée qui emmène au dessus de la colline.
Tout mon poids sur l’avant, un zest de frein arrière, me permettent de rapidement garder gaz en grand, 2ème, 3ème, 4ème je me jette dans Quarry Hill et me propulse dans Grant’s, descend 2 rapports, fais hurler la kawa et entre en 2ème dans le virage.
Ça y est je suis sur le plateau, un gauche 90° commande la « ligne droite », plusieurs des pilotes ne doivent pas savoir qu’un 600 commence à marcher a 10 000tr/min ! Je double tout de suite à la sortie du virage.
3ème, 4ème, 5ème, petite bosse qui fait bien décoller les fesses de la selle et met du mouvement à la moto (note pour plus tard, serrer l’amortisseur de direction). Je mets la 6ème, couché derrière la bulle à plus de 200km/h sur une petite route, j’attends mon repère de freinage : un arbre a la forme bizarre (c’est plus sympa qu’un panneau 150m !)
Gros freinage à « Palmer’s » avec en ligne de mire une jolie maison blanche qui t’appel, je rétrograde jusqu’en 2ème, passe le mémorial, le droit de « Lougher’s », grosse accélération en tirant la 4ème jusqu’à l’épingle de « Drury’s ». J’essaye de doubler dans les virages, mais je me rends compte que c’est dangereux, la marge de manœuvre est proche du nul avec l’herbe de chaque coté.
Je préfère être sûr a 200% pour dépasser, je passe l’épingle, j’attaque la descente sous les bois, les feuilles volent…
Nous voilà arrivé à l’épingle de « Mountside ». Je vais me rendre compte pendant tout le week-end que c’est mon endroit préféré pour doubler, car il y a un bon dégagement en face «au cas où». Je freine plus tard que les autres, et la portion d’après…
…La portion d’après nous emmènes à «Bottom straight» puis à «Jefferies’s jump».
Ce sont les deux trucs que j’aime en course sur route : les cassures où la moto déleste de l’avant en virage, et les jumps !
Les premiers passages permettront de valider la trajectoire, la vitesse d’approche et le ressenti.
Mais les tours d’après seront pour essayer de faire voler la moto… comment ça se passe pour faire ça ?
Il faut être en fond de 4ème, regarder bien au loin, la moto doit être parfaitement droite, sinon gare au guidonnage… Garder du gaz, surtout ne pas couper sur le jump sinon c’est «frontflip no hand no foot et nothing » assuré ! Je crois que le premier saut ou j’ai vraiment décollé les 2 roues j’ai souri niaisement sous mon casque…
Fin du saut, garder gaz jusqu’au panneau 200M comme sur la vidéo. Oups… il n’y a pas de panneau ! Ça serra au feeling, pas de soucis j’arrive dans le droite/gauche de « Farm bends » je rentre en première, la moto est très haute dans les tours, mais à la fin du virage, une petite marche a presque 90° commande la ligne droite, obligé de sortir très fort du virage.
1ère, 2ème, 3ème, ligne droite des stands, 4ème… fin de mon premier tour de course à Oliver’s Mount .
Ça vous a plus ?
Je termine à une 10ème place, avec un meilleur tour en 1.59.9 qui me convient très bien. Première course validée sur les deux dont j’ai encore besoin pour la Mountain Licence.
Je croise un de mes formateurs qui m’a fait découvrir le tracé de l’île de Man lors du week-end de la fondation Mike Hailwood, il me demande si c’est bien ma première course sur route et me dis qu’il est impressionné par ma vitesse pour une première à Oliver’s Mount .Je le remercie et nous discutons du TT….
16h50, première course SpringcupB, 600, 750,1000 tout le monde est mélangé.
Je fais ma course, finis 11ème avec un temps de 1.58.5 bonne progression ! La journée du samedi se termine avec les récits de chacun, je pense que nous (les français qui roulons sur la course) avons une certaine facilité à avoir des « galères »…Bref un petit repas dans le camping-car, une bière, un bisou numérique et au lit. Le trajet de 24h nous a tous exténué, extinction des feux 22h… (Oui oui 22h !)

Nicolas pautetDimanche levé 7h30, le ciel est couvert, les analyses scientifiques, les os ressoudés des vieux pilotes et les Frogies sont formel, il va pleuvoir… Oui mais quand ?
Il y a un warm up le matin pour moi, nous décidons avec Edouard (mon ami et mécano) de le faire. Car ça y est, il pleut et je n’ai jamais roulé sur ce tracé mouillé qui glisse selon les dires d’autres pilotes.
Fin du warm up, 2.18.3 je n’ai pas du tout forcé, ça glisse pas mal à des endroits ou la mousse reste ancrée au fond du goudron. Les meilleurs (Ivan Lantin, Dean Harrison et autre Guy Martin) roulent en moyenne en 2 minutes.

Le temps est de pire en pire, il pleut, il y a du vent, il fait froid. Un bon repas nous réchauffe, j’ai le temps de me reposer avec la course de Spring Cup B qui a lieu à 14h30.
14h, premier appel au micro « please attention paddock, please attention paddock Spring Cup B race. » J’attends le deuxième appel pour me préparer et enlever les couvertures chauffantes TECNOGLOBE et pars en direction de la ligne de départ… Surprise ! J’arrive le premier, un incident sur la piste retarde le départ. Je pose ma moto contre le rail de sécurité et m’assoie à coté en attendant la départ, un spectateur m’interpelle, nous discutons l’air de rien sous la pluie et me dis qu’on est fou de rouler avec ces conditions… je lui répond que c’est ça la course, tout peut arriver en bien comme en mal mais que le plaisir est là, que je ne serais pas plus heureux ailleurs qu’ici sous la pluie à attendre le départ d’une course avec une trentaine d’anglais, irlandais, écossais, français, portugais et j’en oublie.
Enfin, j’entends les moteurs arriver. Un commissaire ouvre la petite porte donnant accès à la piste, je me place sur la troisième ligne, regarde à droite, à gauche et me rends compte que malgré la pluie les spectateurs sont là ! Et je pense que les anglais n’ont pas la même perception du mauvais temps que nous… j’aperçois mon amis Dominic Herbertson sur le coté qui me fait de grands signes d’encouragements, je souris, ferme ma visière et m’aperçois qu’il manque un pilote sur la grille précédant la mienne…. Comme dirait un certain Jean-Claude Duss « je crois que j’ai une ouverture… »
OK, drapeau rouge, allumage des feux, extinction des feux… (Mon cœur tape aussi fort au moment ou j’écris ces mots que quand j’étais sur la moto). J’effectue un départ en mode missile Sol /sol… Arrive a l’épingle visse mon pieds par terre en mode supermot’ ré accélère, passe la 2ème la 3ème
Je suis 3ème, 3ème !! Je me dis dans ma tête que si je finis la course sur cette position c’est juste énorme. Je suis zen, je récite ma leçon, charge les cales pieds a fond sur les ré accélérations, j’ai cette étrange sensations que je ne suis pas a ma place… le pilote de devant roule moins vite que moi.
Je le double proprement a l’intérieur de l’épingle de « Mountside », je suis deuxième, le premier est juste devant moi.
J’ai un feeling moto/pneu/circuit identique aux fois où j’ai gagné des spéciales de rallyes sur le mouillé. Je reste dans la roue du premier jusqu’au 4ème tour, je tente un dépassement dans la ligne droite sur le plateau en 6ème à plus de 200km/h sous la pluie à 50 cm de l’herbe. Le pilote se décale un peu. OK, si tu dois dépasser tu le ferras en sécurité à un endroit ou tu es sûr de ne pas faire n’importe quoi.
On arrive à l’épingle de « Mountside » (oui encore) je lui fais les freins, ça passe… ça passe, je suis premier !! Je suis tellement concentré à ce moment la, qu’il n’y a même pas un dixième de seconde d’euphorie sous le casque. Je passe la ligne droite, je suis dans une bulle, je ne pense à rien d’autre qu’aux trajectoires et points de freinages.
Je me dis que j’ai fais le job, j’ai la bonne position, je vais pouvoir rouler à mon rythme, sans être gêné et surtout ne pas avoir à forcer pour doubler.
Je rentre dans «Mere Hairpin » en ne faisant ni plus ni moins que sur les tours d’avant. Je ré-accélère…
Highside… Là, à ce moment précis, il faut imaginer un élastique qui ce tend et qui ensuite ce détend…wouuuuf ! Je suis éjecté de la moto sans avoir le temps de comprendre ce qui ce passe, je vole, j’atterris sur le dos tel une tortue Ninja… KAWABOUNGA !
13270_10153377542904578_7100840704893472177_nJe me relève, bondis sur la moto, la relève, la bulle est cassée ainsi que la protection de levier de frein. Petit coup d’œil vite fait sur les commandes, ça va à peu prêt. Je tente de démarrer, mets le doigt sur le levier de frein… rien, mou…NON ! Le demi-guidon a plié, les banjos de durites de freins se sont desserrés avec la force du demi-guidon. J’ai eu le temps de faire tout çà avant que mes poursuivants se présentent dans le virage. J’avais de l’avance (on a validé le fait que j’avais vraiment de la marge avec la feuille de temps après les courses). J’ai fait le meilleur temps en course 2.09.3.
Jamais aucun français n’a gagné une course là-bas, on a frôlé l’exploit. Je pense tout de suite à des choses plus terre a terre : je n’ai pas terminé la course, donc pas de deuxième course validée pour la Mountain Licence.
Edouard me répare la moto en deux temps trois mouvements, purge les freins, gère ! Fred Besnard (un pote de course sur route fraichement rencontré) me prête une bulle (c’est ca l’esprit d’entraide sur les courses). J’emmène la moto au contrôle technique, c’est bon je peux m’aligner au départ de la course junior à 15h45. Ouf !!
Je fais le vide dans ma tête, en chassant toutes images de « presque podium », de wheeling sur la ligne d’arrivée, et autre petite coupe sur la cheminée et me concentre sur le fait que je dois absolument finir la course qui arrive…
« Junior race B » Je pars en direction de la ligne droite, me place sur la grille, attend le départ, et rentre en mode automatique, zéros risques, pas de gros freins… Je fais toute la course avec Franck Petricola roue dans roue comme une balade entre pote ! Fin de la course.
Soulagement, je viens de valider la dernière course nécessaire pour la Mountain Licence qui me servira à courir sur l’île de Man.
La pluie s’arrête, le vent reste et le soleil arrive… en quelques heures toutes les routes sèches, ça tombe bien, on a finit nos courses! La météo aura été très…Anglaise !
Voici venu l’heure du changement, rangement, cet instant si particulier ou tu n’as en tête que ces moments qui viennent de passer, beaux, durs, éprouvants, mais qui au fond contribue à la magie d’une course.
Nous attendent nos 24h de routes retour, je ne vous expliquerais pas l’autoroute fermée sur 100 kilomètres, ni le ferry de 00h30 qui nous a largement échappé !
Je tiens à remercier Eric Lenser qui a tout organisé, mes amis pilotes français, Franck, Fred et Martial, mes amis pilotes anglais Oliver, Dominic (pour les bons moments de poisses et d’entraides), mon super mécano Edourado mendes Passot, ma famille ainsi que l’organisation d’Olivers Mount qui nous a vraiment facilité la vie pour participer a la Spring Cup !
Tout mes sponsors Tecnoglobe, Starterre, Kawasaki Spring Bike, La Vie Claire à Villefranche (69), Motul , Tom’s Cuir, Vin Messerli, Studio Hair, Globe Atlas Adventures,2rteam,moto-net.com qui me permettent de rentre tous ça possible !
Spring Cup 2016 me voilà… Retrouvez-moi cet été sur l’île de Man pour le Manx GP.